On connaît bien les mines de fer du nord de la France… mais la Normandie ? Elle aussi a son histoire de fer et de feu ! Forges, hauts fourneaux, chevalements et ancienne cité ouvrière : le bocage ornais cache un passé industriel aussi surprenant que méconnu.
On vous emmène pour un road trip de 34 km à travers petites routes de campagne, vestiges industriels chargés d’histoire et balades en forêt. Une échappée belle entre patrimoine et nature, à faire en famille ou entre amis curieux de (re)découvrir la région autrement.
Le circuit des forges et des mines
En voiture, le circuit forme une boucle d’environ 34 kilomètres. Le panneau présentant l’itinéraire indique une durée de 2 h 30, mais nous vous conseillons de prévoir beaucoup plus de temps si vous souhaitez réellement profiter des différents sites. De notre côté, nous y avons consacré une bonne partie de la journée, avec une pause pique-nique le midi.
Plusieurs étapes méritent en effet de laisser la voiture pour poursuivre la découverte à pied, prendre le temps d’observer les vestiges et surtout de lire les nombreux panneaux explicatifs qui jalonnent le parcours. Certains sont particulièrement détaillés et permettent de mieux comprendre l’histoire des mines, des forges et le fonctionnement des différentes installations.
Le circuit peut également se découvrir à pied. Plusieurs boucles de randonnée, comprises entre 9 et 17 kilomètres, sont proposées. Un panneau installé devant la Maison du Fer présente les différents itinéraires, en voiture comme à pied.
Cette escapade peut tout à fait s’envisager en famille avec des enfants. Une grande partie des vestiges se trouve en extérieur et certaines étapes sont l’occasion de jolies promenades au cœur des forêts de l’Orne.
Entre le XVIe et le XIXe siècle, le bocage ornais comptait une dizaine de grandes forges alimentées par le minerai extrait des minières alentour. Au XXe siècle, l’exploitation change d’échelle avec l’ouverture de plusieurs mines de fer, notamment à La Ferrière-aux-Étangs, Larchamp et Saint-Clair-de-Halouze.
C’est cette histoire que nous allons suivre au fil de la route.
Pour comprendre l’histoire du fer
Commencez votre découverte à la Maison du Fer, à Dompierre. Cette première étape permet de mieux comprendre ce que vous allez observer tout au long du circuit.
L’exposition retrace l’histoire du fer dans le bocage ornais, depuis la formation géologique du minerai jusqu’aux grandes exploitations minières du XXe siècle, en passant par les forges qui ont animé la région du Moyen Âge au XIXe siècle.
Wagonnets, casques, lampes et outils ayant appartenu aux mineurs donnent un aperçu concret de leur quotidien. Une grande maquette de la mine de Saint-Clair-de-Halouze permet également de visualiser ce qui se passait « au fond », dans les puits et les galeries, mais aussi « au jour », avec le carreau de la mine, les fours de calcination et les voies ferrées.
Un film réalisé à partir d’images d’archives et de témoignages d’anciens mineurs complète la visite et redonne une dimension humaine à cette histoire industrielle.
Comptez environ 45 minutes de visite, un peu plus si vous aimez prendre votre temps. Une exposition temporaire vient également compléter chaque année le parcours permanent.
Bon à savoir : l’entrée est à prix libre.
Une excellente introduction avant de prendre la route et de retrouver, grandeur nature, les vestiges de cette histoire minière et sidérurgique.
Aux origines de la sidérurgie normande
Prenez ensuite la direction de la forge de Varenne, en activité du XVIe siècle jusqu’en 1866.
Une dizaine de forges de ce type existaient autrefois dans l’est de l’Orne. Celle de Varenne est la dernière encore visible et constitue l’un des ensembles de proto-industrie du fer les plus complets et les mieux conservés d’Europe.
Classé monument historique, le site comprend notamment un haut fourneau, des forges d’affinerie, une fenderie, des halles à charbon et à fer, des logements ouvriers et une chapelle.
Cette industrie était encore intimement liée au monde rural. Une trentaine de ferrons travaillaient directement à la production du fer, tandis qu’une centaine de paysans participaient à l’abattage du bois, au charbonnage, à l’extraction du minerai et aux transports. Plus de 150 chevaux étaient nécessaires au fonctionnement de cette étonnante organisation !
Dans les pas des mineurs
Quelques kilomètres plus loin, changement d’époque avec le carreau de la mine de Saint-Clair-de-Halouze.
Garez votre véhicule et poursuivez à pied par le chemin qui traverse la forêt. Au milieu des arbres apparaît bientôt l’impressionnante silhouette du chevalement*.
La mine fut exploitée de 1905 à 1978. L’un de ses puits descendait jusqu’à 375 mètres sous terre et desservait différents niveaux de galeries permettant aux mineurs d’atteindre les couches de minerai.
Le chevalement actuel fut installé en 1949 lors de la modernisation de la mine. Haut de 32 mètres, il est aujourd’hui le dernier chevalement minier encore debout en Normandie.
Prenez le temps de parcourir le site. Des panneaux et des photographies d’époque permettent de comprendre l’organisation du carreau de mine et les conditions de travail des hommes qui descendaient chaque jour sous terre.
Quand le minerai passait par le feu
Reprenez la voiture pour rejoindre les fours de la Bocagerie.
En lisière de forêt subsistent d’impressionnants vestiges de béton et d’acier, peu à peu gagnés par la végétation. C’est ici qu’était calciné le minerai extrait à Saint-Clair-de-Halouze.
Les premiers fours étaient construits en pierre. Dans les années 1920, ils furent remplacés par des installations métalliques plus modernes. D’abord six, les fours passèrent à neuf, puis à onze avant la fermeture de la mine en 1978.
Pourquoi calciner le minerai ?
Chauffé à environ 800 °C pendant près de 48 heures, le minerai perdait une partie de son eau et de ses composants non ferreux. Sa teneur en fer augmentait tandis que son poids diminuait d’environ 20 %, permettant ainsi de réduire les coûts de transport.
Le minerai était ensuite acheminé par train jusqu’à Isbergues, dans le Pas-de-Calais, où il était transformé en fonte ou en acier.
Quand le fer affleurait à la surface
Direction ensuite la minière de La Ferrière-aux-Étangs.
Bien avant les mines profondes du XXe siècle, le minerai était extrait dans des minières proches de la surface. Celle de La Ferrière-aux-Étangs témoigne de cette exploitation ancienne, pratiquée du Moyen Âge au XIXe siècle.
Cette étape permet de mesurer l’évolution des techniques d’extraction, des premières minières aux grandes installations industrielles.
Toute une vie autour de la mine
À La Ferrière-aux-Étangs, l’histoire minière se raconte aussi à travers les lieux de vie.
À la cité du Gué Plat, une centaine de maisons ouvrières accolées les unes aux autres rappellent le quotidien des familles de mineurs.
Car derrière les puits, les fours et les tonnes de minerai, l’histoire des mines est avant tout une histoire d’hommes, de femmes et de familles dont la vie était rythmée par l’activité minière.
Les derniers fours de pierre
Dernière étape de notre circuit : les fours de la Butte Rouge.
Construits à partir de 1901 et utilisés jusqu’en 1938, ils comptent parmi les premiers fours de calcination du minerai de fer édifiés en Normandie. Ils sont aujourd’hui les derniers fours en pierre de ce type encore conservés dans la région.
Une belle façon d’achever ce voyage à travers plusieurs siècles d’histoire du fer.
Un patrimoine normand méconnu
On associe plus volontiers les mines de fer au nord de la France ou à la Lorraine qu’à la Normandie. Pourtant, au détour des petites routes et des forêts du bocage ornais, chevalements, fours, cités ouvrières et anciennes forges racontent une autre facette de l’histoire de la région.
Ce que nous avons particulièrement aimé dans ce circuit ? Passer d’un site à l’autre, marcher dans la forêt et voir soudain surgir au milieu des arbres les vestiges monumentaux de ce passé industriel.
Un patrimoine discret et parfois caché par la végétation, mais qui mérite vraiment que l’on s’y arrête.
Informations pratiques
Où ça se passe ?
Le circuit se déroule dans le bocage ornais, au sud-ouest de l’Orne (61), autour des communes de Dompierre, La Ferrière-aux-Étangs, Larchamp et Saint-Clair-de-Halouze.
Distance et durée
- En voiture : boucle d’environ 34 km
- Durée indiquée : 2h30 (mais comptez plutôt une demi-journée, voire une journée complète si vous voulez prendre le temps de tout visiter)
- À pied : plusieurs boucles de randonnée de 9 à 17 km sont proposées
Point de départ conseillé
La Maison du Fer, à Dompierre — une étape idéale pour bien comprendre l’histoire du site avant de prendre la route. Un panneau y présente également les différents itinéraires (en voiture comme à pied).
Horaires et tarifs
- Maison du Fer : comptez 45 min de visite
- Entrée : prix libre
- Une exposition temporaire complète chaque année le parcours permanent
(pensez à vérifier les horaires d’ouverture actualisés avant de partir)
Bon à savoir avant de partir
- Prévoyez de bonnes chaussures : certaines étapes se découvrent à pied, notamment en forêt (accès au chevalement de Saint-Clair-de-Halouze)
- Emportez un pique-nique, il n’y a pas forcément de quoi se restaurer sur tout le parcours
- Les panneaux explicatifs le long du circuit sont très détaillés : prenez le temps de les lire pour profiter pleinement de la visite
- Le site est accessible en famille, avec de nombreux vestiges en extérieur et de jolies balades en forêt
Maison du Fer
2 place du musée
61700 Dompierre
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